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Chapitre 1/12

Chapitre 1 / 12 · 7 min de lecture

La Chute dans le Terrier du Lièvre Blanc

Alice de Kalunda commençait à s'ennuyer sérieusement. Assise dans l'herbe tendre de la berge de la rivière de Kalunda, à côté de sa sœur aînée plongée dans un vieux livre sans images ni dialogues, elle sentait la chaleur de l'après-midi peser sur ses paupières comme une main lourde. « À quoi sert un livre, se demandait-elle, s'il n'y a ni images ni conversations dedans ? » Le fleuve Zambèze murmurait tout près, et les cigales chantaient dans les branches du grand tamarinier sous lequel elles s'étaient installées.

Elle envisageait, dans une torpeur douce, si le plaisir de tresser des fleurs de brousse en collier valait la peine de se relever pour les cueillir, lorsqu'un mouvement blanc traversa son champ de vision. Un lièvre — mais un lièvre étrange, aux yeux rosés et au pelage d'un blanc presque lumineux — courait le long de la berge en portant, chose incroyable, un petit gilet brodé.

Cela n'aurait pas dû suffire à surprendre Alice ; elle ne trouva pas non plus si extraordinaire d'entendre l'animal se parler à lui-même : « Aïe, aïe, aïe ! Je vais être en retard ! » Mais quand le Lièvre Blanc, messager du Roi, sortit véritablement une montre de la poche de son gilet, la consulta d'un air affolé, puis se remit à courir de plus belle, Alice se redressa d'un bond. Jamais elle n'avait vu de lièvre porter un gilet, encore moins une montre à consulter. Brûlant de curiosité, elle traversa le champ à sa poursuite et arriva juste à temps pour le voir disparaître dans un grand trou creusé sous la racine noueuse d'un vieux baobab.

Sans une seconde d'hésitation, sans même se demander comment elle en ressortirait, Alice se laissa glisser dans Le Terrier du Lièvre Blanc à sa suite.

Le terrier filait droit comme un tunnel pendant un moment, puis plongeait soudain, si brusquement qu'Alice n'eut pas le temps de se retenir avant de se sentir tomber dans Le Puits Profond du Terrier.

Soit le puits était très profond, soit elle tombait très lentement, car elle eut tout le loisir, en descendant, de regarder autour d'elle et de se demander ce qui allait bien pouvoir se passer ensuite. Les parois du puits étaient garnies d'étagères et de petites niches ; ici une calebasse suspendue par une corde, là des cartes anciennes du royaume punaisées sur des planches de bois, plus loin des masques sculptés qui semblaient la fixer dans l'obscurité. Elle attrapa au passage un pot en terre cuite portant l'inscription « CONFITURE DE MANGUE », mais, à sa grande déception, il était vide. Ne voulant pas risquer d'assommer quelqu'un en le laissant tomber, elle réussit à le glisser dans une niche voisine tandis qu'elle continuait sa chute.

« Eh bien, se dit Alice, après une chute pareille, je ne craindrai plus jamais de tomber dans l'escalier de la maison ! Comme on me trouvera courageuse, à Kalunda, quand je raconterai cela ! » Elle songea à Dinah, la chatte d'Alice, qui devait déjà réclamer sa gamelle de lait à cette heure. « Dinah, ma chère, j'aimerais tant que tu sois ici avec moi ! Il n'y a pas de souris dans l'air, hélas, mais peut-être des chauves-souris… Est-ce que les chats mangent les chauves-souris, je me demande ? » Ses pensées devenaient de plus en plus confuses, et elle se sentait glisser doucement vers le sommeil, quand — bang ! — elle atterrit sur un tas de brindilles et de feuilles sèches, et la chute prit fin.

Alice n'avait pas mal du tout. Elle se releva d'un bond et se retrouva dans Le Couloir aux Mille Portes, une longue salle basse éclairée par une rangée de lampes suspendues au plafond. Des portes s'alignaient tout autour, mais toutes, absolument toutes, étaient verrouillées. Elle fit le tour, tirant sur chaque poignée, poussant chaque battant, sans succès, puis revint tristement vers le milieu de la salle, se demandant comment elle allait bien pouvoir ressortir de là.

C'est alors qu'elle aperçut une petite table à trois pieds, entièrement faite de verre poli, sur laquelle ne se trouvait qu'une minuscule clé dorée. Alice pensa d'abord qu'elle appartenait peut-être à une des portes ; mais hélas, les serrures étaient trop grandes ou la clé trop petite, et rien ne s'ouvrait. En refaisant le tour de la salle, elle découvrit un rideau bas qu'elle n'avait pas remarqué auparavant, et derrière ce rideau, une petite porte haute d'à peine quarante centimètres. Elle glissa la clé dorée dans la serrure — et, à sa grande joie, elle s'ajusta parfaitement.

Alice ouvrit la porte et découvrit un étroit passage menant à Le Jardin Éclatant de Mbanza-Ndoto — un jardin si beau qu'elle n'en avait jamais vu de semblable : des massifs de fleurs aux couleurs vives, des fontaines fraîches jaillissant entre des allées de pierre blanche. Comme elle aurait voulu quitter ce couloir sombre pour errer parmi ces parterres ! Mais elle ne parvenait même pas à faire passer sa tête par l'ouverture. « Et même si ma tête passait, pensa la pauvre Alice, à quoi cela servirait-il sans mes épaules ? Ah, si seulement je pouvais me replier comme une lunette de marin ! »

Elle retourna vers la table de verre, espérant y trouver une autre clé, ou peut-être un mode d'emploi pour se rétrécir à volonté. Cette fois, elle trouva une petite fiole — « qui n'était certainement pas là auparavant », se dit Alice — portant une étiquette soigneusement écrite : « BUVEZ-MOI ».

Alice n'était pas du genre à se précipiter. « Je vais d'abord regarder, dit-elle, s'il est écrit ‘poison’ dessus. » Elle se rappelait les histoires que racontait sa mère, à Kalunda, sur des enfants imprudents dévorés par des bêtes sauvages ou brûlés par des braises pour avoir négligé les conseils des anciens. Mais rien sur la fiole n'indiquait un danger, alors elle en goûta le contenu. C'était délicieux — un mélange de mangue mûre, de beignet chaud et de lait caillé sucré — et elle vida la fiole entièrement.

« Quelle sensation étrange ! » murmura-t-elle en sentant son corps se resserrer, se replier sur lui-même comme une natte qu'on enroule. En quelques instants, elle ne mesurait plus que vingt-cinq centimètres, tout juste la taille requise pour franchir la petite porte du jardin. Elle attendit un peu, par prudence, craignant de disparaître complètement comme la flamme d'une lampe qu'on éteint, mais rien de plus ne se produisit.

Elle courut alors vers la porte — et son cœur se serra d'horreur. La clé dorée était restée sur la table de verre, désormais bien trop haute pour elle. Elle la voyait distinctement à travers le verre transparent, brillante et inaccessible, et malgré tous ses efforts pour grimper le long des pieds de la table, glissants comme des tiges de bambou mouillées, elle ne parvint à rien. Épuisée, la petite Alice s'assit et se mit à pleurer de dépit.

« Allons, cela ne sert à rien de pleurer ainsi ! » se réprimanda-t-elle sévèrement, comme elle avait l'habitude de le faire. Elle essuya ses larmes et regarda autour d'elle, désespérée de trouver une solution. C'est alors que son regard tomba sur une petite boîte de verre glissée sous la table : à l'intérieur reposait un petit gâteau, sur lequel des grains de sésame formaient les mots « MANGEZ-MOI ».

« Eh bien, je vais le manger, décida Alice à voix haute. Si cela me fait grandir, je pourrai atteindre la clé ; et si cela me fait rétrécir encore, je pourrai me glisser sous la porte. De toute façon, j'entrerai dans ce jardin — peu m'importe comment ! »

Elle porta une première bouchée à ses lèvres, le cœur battant, guettant le moindre signe de changement. Rien ne se passa, ce qui la surprit presque autant qu'un vrai prodige : elle s'était tant habituée aux choses extraordinaires qu'un simple gâteau ordinaire lui paraissait à présent d'un ennui profond.

Alors, sans plus attendre, elle avala d'un coup toute la dernière bouchée, le souffle court, ignorant totalement — et c'était bien là ce qui la terrifiait le plus — ce que son corps allait devenir l'instant suivant.

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