Chapitre 5 / 5
Une terre pour recommencer
Le retour vers leur premier abri fut lent.
Cyrus était transporté sur une civière.
Pencroff et Nab la portaient à tour de rôle.
Harbert ouvrait le chemin.
Spilett surveillait Cyrus.
Top allait et venait autour du groupe.
Ils avancèrent pendant des heures.
Le vent soufflait encore, mais la pluie avait cessé.
À mesure qu’ils marchaient, Cyrus observait le paysage.
Il regardait les falaises.
Les rochers.
Les arbres.
Les cours d’eau.
Il ne parlait pas beaucoup, mais ses yeux travaillaient.
Même blessé, il commençait déjà à étudier cette terre.
Avant la nuit, ils atteignirent un abri naturel près de la côte.
Pencroff avait déjà choisi cet endroit.
Des rochers formaient plusieurs ouvertures semblables à de grandes cheminées.
Le lieu était simple, mais il protégeait du vent.
« Voilà notre maison », annonça le marin.
Cyrus regarda autour de lui.
« Pour le moment », répondit-il.
Le lendemain, il se sentit assez fort pour écouter le récit complet de ses compagnons.
Spilett expliqua tout.
La chute du ballon.
La disparition de Cyrus.
La découverte de l’îlot.
La traversée vers la grande terre.
Les recherches.
Puis Top.
Et enfin la grotte.
Cyrus écouta sans interrompre.
Quand Spilett eut terminé, Cyrus demanda :
« Vous m’avez trouvé loin de la mer ? »
« Oui », répondit le journaliste.
« Très loin. »
Cyrus resta silencieux.
Il ne comprenait pas.
Il n’avait aucun souvenir du chemin.
Plus tard, Nab montra des empreintes sur le sable.
Cyrus regarda ses chaussures.
Pencroff vérifia.
Les traces correspondaient.
C’était bien Cyrus qui avait marché là.
Mais lui ne se souvenait de rien.
« Peut-être ai-je marché sans en avoir conscience », dit-il enfin.
C’était l’explication la plus simple.
Mais elle ne convainquait pas totalement Spilett.
Quelque chose restait mystérieux.
Pour le moment, personne n’insista.
Le plus important était ailleurs.
Ils étaient vivants.
Ils avaient trouvé de l’eau.
Ils pouvaient trouver de la nourriture.
Ils avaient un abri.
Cyrus demanda alors à tous ses compagnons de se réunir.
Il parla calmement.
« Mes amis, nous sommes sur une terre inconnue. Nous ne savons pas quand un navire passera. Nous ne savons même pas si quelqu’un connaît cette île. »
Personne ne l’interrompit.
« Nous pouvons attendre un secours. Mais nous devons aussi nous préparer à vivre ici longtemps. »
Spilett hocha la tête.
Harbert serra la main de Cyrus.
Nab dit simplement :
« Je suis avec vous. »
Pencroff, lui, sourit.
« Alors, on arrête de parler comme des naufragés. »
« Que sommes-nous, alors ? » demanda Spilett.
Le marin se redressa.
« Des bâtisseurs. Des gens qui ont reçu une terre et qui vont la faire vivre. »
Cette phrase plut à tous.
Ils ne possédaient presque rien.
Mais ils avaient leurs mains.
Leur intelligence.
Leur expérience.
Et surtout, ils étaient ensemble.
Cyrus regarda la côte.
« Alors, nous allons donner des noms à cette terre. »
Les hommes commencèrent à nommer les lieux qu’ils découvraient.
Leur abri.
La rivière.
Les falaises.
Les caps.
Mettre un nom sur un endroit, c’était déjà commencer à l’habiter.
Cette nuit-là, ils mangèrent peu.
Mais pour la première fois depuis leur arrivée, ils avaient un plan.
Ils ne subiraient plus seulement l’île.
Ils allaient apprendre à la connaître.
Puis à l’utiliser.
Puis à y construire leur avenir.
L’aventure venait réellement de commencer.
Fin du novel — pour l’instant.