AHIWA
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Chapitre 2/30

Chapitre 2 / 30 · 6 min de lecture

L'Antre de la Cantatrice

Accra dormait encore sous une brume tiède lorsque Kwame Asante se posta devant la Villa Kasapa, à Airport Residential Area. Il portait la tenue d'un palefrenier sans emploi, la casquette rabattue, les favoris grossièrement collés, une odeur de crin et de cuir imprégnant ses vêtements empruntés. Nul, parmi les gardiens de la villa voisine ni les vendeuses ambulantes qui commençaient leur ronde, n'aurait reconnu dans cet homme dépenaillé le détective distingué de Ring Road Central.

La villa se dressait derrière un muret bas, entourée d'un jardin soigné, avec de longues fenêtres qui descendaient presque jusqu'au sol. Une serrure robuste protégeait la porte principale, mais les loquets des fenêtres, Asante le remarqua tout de suite, n'auraient pas résisté à un enfant déterminé. Il flâna d'abord dans la ruelle qui bordait le mur du jardin, puis se dirigea vers l'écurie voisine où des chauffeurs et des palefreniers désœuvrés échangeaient volontiers des nouvelles pour quelques pièces et une bouteille de bière fraîche.

« Adjoa Boateng ? Ah, celle-là, on ne parle que d'elle depuis des mois », lui confia l'un des garçons d'écurie en frottant l'encolure d'un cheval. « Belle comme le petit matin, et fine comme une aiguille. Elle chante encore, parfois, dans les salons privés. Sort tous les jours à cinq heures précises pour sa promenade, rentre à sept pour le dîner. Régulière comme une horloge. »

« Et de la visite ? » demanda Asante, feignant l'indifférence.

« Un seul homme. Jeune, distingué, un avocat, à ce qu'on dit. Il vient presque chaque jour. Certains murmurent qu'ils se sont mariés en secret, dernièrement, à l'Église Presbytérienne de Ridge. Discrètement, sans faste. Étrange, pour une femme qu'on croyait libre comme l'air. »

Cette dernière phrase fit tressaillir Asante intérieurement, bien qu'il n'en laissât rien paraître. Un mariage récent. Voilà qui changeait la nature du problème sans en dissoudre l'urgence : une photographie compromettante ne devenait pas moins dangereuse parce que celle qui la détenait avait, elle aussi, quelque chose à perdre — ou peut-être, au contraire, plus rien à perdre du tout.

Il passa la matinée à observer, puis, vers midi, la scène qu'il redoutait et espérait à la fois se produisit : une voiture s'arrêta en trombe devant la villa, l'avocat en jaillit, pressé, et ressortit peu après en criant au chauffeur de foncer vers l'Église de la Sainte Trinité. Presque au même instant, Adjoa Boateng sortit à son tour, splendide, le visage empreint d'une détermination joyeuse, exigeant elle aussi qu'on la conduise sans délai au même lieu. Asante, dissimulé, ne put s'empêcher d'admirer la vivacité de la femme qu'il avait pour mission de dépouiller d'un secret.

Quand il revint à l'appartement 4B, en fin d'après-midi, il retira sa perruque et ses favoris avec un rire qui surprit Mensah, installé près de la fenêtre.

« Vous riez, Asante ? Voilà qui n'est pas dans vos habitudes en pleine enquête. »

« C'est que la comédie humaine ne cesse jamais de m'étonner, Mensah. J'ai appris qu'elle s'est mariée. Discrètement, sans tambour ni trompette, à un jeune avocat qui la visite chaque jour. » Il s'assit lourdement dans son fauteuil, les yeux brillants. « Cela ne change rien à notre affaire, mais cela m'oblige à revoir mon approche. Une femme mariée ne défend pas un secret comme une femme seule. »

« Peut-être renoncera-t-elle simplement à cette photographie, maintenant que sa vie a pris un autre tournant ? »

« Ne vous fiez jamais à l'espoir en matière de déduction, mon ami. J'ai appris, en vingt ans d'observation du cœur humain, que les femmes intelligentes gardent leurs armes précisément parce qu'elles savent ce qu'elles valent. Non, elle conserve la photographie. La question n'est plus de savoir si elle l'a encore, mais où elle la cache, et comment la lui faire révéler malgré elle. »

Il se leva d'un bond et se mit à faire les cent pas, comme chaque fois qu'un plan prenait forme dans son esprit. « Une femme ne fuit vers un objet précieux que sous le coup d'une émotion violente, Mensah. Un incendie, par exemple. Une menace immédiate contre sa demeure, et son premier réflexe sera de courir vers ce qu'elle chérit le plus. »

Mensah fronça les sourcils. « Vous parlez de provoquer un faux incendie ? Devant sa maison ? C'est... c'est une tromperie bien cruelle, Asante. »

« Cruelle, mais sans mal réel. Une fusée fumigène, un cri d'alarme bien orchestré, et la vérité surgira d'elle-même, sans qu'un seul cheveu de cette dame ne soit touché. » Asante planta son regard dans celui de son ami. « J'ai besoin de vous ce soir. Vous jouerez le rôle d'un badaud alarmé. Rien de plus. »

Mensah hésita un long moment, la conscience tiraillée entre son admiration pour la méthode et le malaise que lui inspirait cette ruse dirigée contre une femme sans défense apparente. Mais le souvenir du visage anxieux de Nana Kwame Ampofo, l'urgence du samedi qui approchait, eurent raison de ses scrupules. « Très bien. Je vous suis. »

La nuit tomba sur Airport Residential Area avec la douceur moite propre à la capitale. Devant la Villa Kasapa, quelques passants flânaient encore, indifférents à l'homme déguisé qui s'appuyait contre le mur voisin, guettant la lumière derrière les rideaux. À un signal discret d'Asante, Mensah, mêlé aux curieux, lança un cri strident : « Le feu ! Au feu ! La villa brûle ! » Presque simultanément, une fusée fumigène jaillit d'un buisson, crachant un panache épais et rougeoyant qui monta vers le ciel nocturne.

La rue s'embrasa d'une agitation instantanée. Des voisins sortirent en criant, des domestiques se précipitèrent, quelqu'un hurla qu'il fallait de l'eau. Et au milieu de ce désordre savamment orchestré, la porte de la villa s'ouvrit brutalement : Adjoa Boateng surgit, le visage blême de terreur, se ruant non pas vers la rue, non pas vers la sécurité, mais vers l'intérieur de sa propre demeure, droit vers une fenêtre du salon dont elle écarta prestement le rideau pour saisir, derrière un panneau de bois dissimulé dans le mur, un objet plat qu'elle serra contre elle avant de comprendre, une seconde trop tard peut-être, que la fumée n'était qu'illusion.

Asante, immobile dans l'ombre, sentit son cœur battre d'une joie presque douloureuse. Il avait vu. Il savait, désormais, exactement où se cachait le trésor convoité. La panique retomba aussi vite qu'elle était montée ; les voisins se dispersèrent en riant nerveusement d'une fausse alerte, et les domestiques rentrèrent en maugréant. Mais Asante ne bougeait pas encore, le regard fixé sur cette fenêtre où le rideau retombait doucement.

Quand la rue eut retrouvé son calme et que les derniers curieux se furent éloignés, Kwame Asante quitta l'ombre du mur, le pas résolu malgré le tumulte qui grondait sous ses côtes. Il traversa la petite allée du jardin, franchit le seuil du portail, et s'avança vers la porte de la Villa Kasapa, le cœur battant d'une tension qu'il n'aurait su nommer — mélange de triomphe et d'un respect grandissant pour celle dont il s'apprêtait, cette nuit même, à percer l'ultime secret.

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