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Chapitre 3/12

Chapitre 3 / 12 · 8 min de lecture

La Course en Rond et la Longue Histoire

Ils formaient, sur la Rive de la Mare des Larmes, un rassemblement bien étrange : les oiseaux aux plumes collées et dégoulinantes, les petites bêtes au poil plaqué contre le corps, tous trempés, grognons et mal à l'aise. Alice de Kalunda, minuscule et frigorifiée, claquait des dents en se demandant si elle allait attraper un mauvais rhume dans ce monde qui n'était même pas le sien.

La première question, bien sûr, fut de savoir comment sécher. On en discuta un moment, et Alice se surprit à parler avec ces créatures comme si elle les connaissait depuis toujours. Elle eut même une longue dispute avec Le Perroquet Aîné, qui finit par bouder et répéter : « Je suis plus âgé que toi, je sais mieux. » Alice refusa de l'admettre sans connaître son âge exact, et comme il refusait obstinément de le dire, la discussion tomba là.

Enfin, La Souris des Larmes, qui semblait faire figure d'autorité parmi eux, s'écria : « Asseyez-vous tous, et écoutez-moi ! Je vais vous sécher, moi, et vite ! » Tout le monde s'assit d'un coup, formant un grand cercle, la Souris au milieu. Alice gardait les yeux fixés sur elle, sentant qu'elle attraperait la fièvre si elle ne séchait pas bientôt.

« Hum ! » fit la Souris avec un air important. « Êtes-vous prêts ? Voici la chose la plus sèche que je connaisse. Silence, s'il vous plaît ! Le grand chef Mwene-Kongo, dont la cause fut favorisée par les anciens du conseil, fut vite reconnu par les clans de la vallée, qui manquaient de guide et s'étaient habitués depuis longtemps aux usurpations et aux conquêtes. Les seigneurs de Kivu et de Ndoro… »

« Pff ! » fit Le Perroquet Aîné, avec un frisson.

« Je vous demande pardon, » dit la Souris en fronçant les sourcils, mais très poliment, « avez-vous parlé ? »

« Pas moi ! » répondit vivement le Perroquet.

« Je le croyais, » reprit la Souris. « Je continue. Les seigneurs de Kivu et de Ndoro se déclarèrent pour lui, et même le vieux sage de la colline sacrée trouva bon… »

« Trouva quoi ? » demanda Le Canard du Marigot.

« Trouva bon, » répondit la Souris, un peu agacée. « Vous savez bien ce que ‘bon' veut dire. »

« Je sais très bien ce que ‘bon' veut dire quand moi je trouve quelque chose, » dit le Canard. « C'est généralement un ver ou une grenouille. La question est : qu'a trouvé le vieux sage ? »

La Souris ignora la remarque et poursuivit précipitamment, sans plus aucun résultat sur l'humidité générale du groupe. Alice, dépitée, sentait toujours l'eau salée lui coller aux vêtements.

« Toujours aussi trempée, » soupira-t-elle.

« Dans ce cas, » déclara alors L'Oiseau-Sage Dodo en se levant solennellement, « je propose l'ajournement de la séance, pour l'adoption immédiate de mesures plus énergiques… »

« Parle simplement ! » lança Le Jeune Aiglon. « Je ne comprends pas la moitié de tes grands mots, et je ne suis même pas sûr que toi non plus tu les comprennes ! » Quelques oiseaux ricanèrent.

« Ce que je voulais dire, » reprit le Dodo, offensé, « c'est que le meilleur moyen de sécher serait une Course en Rond. »

« Qu'est-ce qu'une Course en Rond ? » demanda Alice, non par grande curiosité, mais parce que personne d'autre ne semblait vouloir répondre.

« Le mieux, pour l'expliquer, c'est de la faire, » dit le Dodo.

Il traça donc un parcours en forme de cercle approximatif — « la forme exacte n'a pas d'importance », précisa-t-il — et plaça chacun ici ou là sur ce tracé. Il n'y eut pas de « un, deux, trois, partez », chacun commença à courir quand il le voulut et s'arrêta de même, si bien qu'il devenait difficile de savoir quand la course prenait fin. Après une bonne demi-heure de galopade dans tous les sens, tout le monde était bel et bien sec, et le Dodo cria soudain : « La course est terminée ! »

On se pressa autour de lui, hors d'haleine : « Mais qui a gagné ? »

Cette question demanda au Dodo une longue réflexion, un doigt pressé contre son front. Enfin il déclara : « Tout le monde a gagné, et tous doivent avoir des prix. »

« Mais qui doit distribuer les prix ? » s'écria le chœur des voix.

« Elle, bien sûr, » dit le Dodo en désignant Alice.

Désespérée, Alice fouilla dans sa poche et en tira un sachet de bonbons — heureusement l'eau salée n'y était pas entrée — qu'elle distribua, un par tête.

« Mais elle doit avoir un prix elle aussi, » fit remarquer la Souris.

« Qu'as-tu encore dans ta poche ? » demanda gravement le Dodo à Alice.

« Seulement un dé à coudre, » répondit-elle tristement.

« Donne-le ici. »

Alors, avec la plus grande solennité, le Dodo lui remit son propre dé à coudre en disant : « Nous vous prions d'accepter cet élégant dé à coudre. » Tous applaudirent. Alice trouva la chose fort absurde, mais chacun avait l'air si grave qu'elle n'osa pas rire ; elle se contenta de saluer, aussi solennelle que possible.

On mangea ensuite les bonbons, ce qui provoqua un peu de désordre, puis on se rassit en cercle et l'on pria la Souris de raconter son histoire.

« Vous m'aviez promis votre histoire, » dit Alice, « et pourquoi vous détestez… les chats et les chiens, » ajouta-t-elle à voix basse, craignant de la vexer à nouveau.

« La mienne est une longue et triste histoire ! » soupira la Souris en se tournant vers Alice.

« C'est en effet une longue queue, » dit Alice en regardant, étonnée, la queue de la Souris. « Mais pourquoi dites-vous qu'elle est triste ? » Et elle continuait à s'interroger là-dessus tandis que la Souris parlait, si bien que l'histoire, dans sa tête, prenait la forme d'un petit poème sur un fauve et une souris traînés devant un tribunal improvisé, où le juge condamnait sans procès véritable.

« Vous ne m'écoutez pas ! » gronda la Souris. « À quoi pensez-vous ? »

« Pardonnez-moi, » dit Alice, humble, « vous en étiez au cinquième nœud, je crois ? »

« Il n'y a pas de nœud ! » cria la Souris, furieuse.

« Un nœud ! » répéta Alice, toujours prête à se rendre utile, regardant la queue avec inquiétude. « Oh, laissez-moi vous aider à le défaire ! »

« Je ne ferai rien de tel, » dit la Souris en se levant et en s'éloignant à grands pas. « Vous m'insultez avec vos sottises ! »

« Je ne voulais pas ! » plaida Alice. « Mais vous vous offensez si facilement ! »

La Souris ne répondit que par un grognement.

« Revenez donc finir votre histoire ! » cria Alice, et les autres reprirent en chœur : « Oui, revenez ! » Mais la Souris secoua la tête et disparut derrière un buisson.

« Quel dommage qu'elle n'ait pas voulu rester ! » soupira Le Perroquet Aîné.

« Je voudrais tant que Dinah soit ici, » dit Alice à voix haute, sans s'adresser à personne en particulier. « Elle saurait la ramener, elle ! »

« Et qui est Dinah, si je puis me permettre ? » demanda le Perroquet.

« Dinah, c'est ma chatte, » répondit Alice avec enthousiasme, toujours ravie de parler de son animal. « Et une redoutable chasseuse de souris, vous n'imaginez pas ! Et si vous la voyiez après les oiseaux ! Elle avale un petit oiseau aussi vite qu'elle le regarde ! »

Cette déclaration provoqua un remous considérable. Certains oiseaux s'envolèrent aussitôt ; une vieille pie se mit à se couvrir soigneusement en marmonnant : « Il faut vraiment que je rentre, l'air du soir ne me convient pas ! » et un canari appela ses petits d'une voix tremblante : « Venez, mes chéris ! Il est grand temps d'aller au nid ! » Sous divers prétextes, tous s'éloignèrent, et Alice se retrouva bientôt toute seule.

« Je n'aurais jamais dû parler de Dinah ! » se dit-elle, mélancolique. « Personne ne l'aime, ici, et pourtant c'est la meilleure chatte du monde ! Oh, ma chère Dinah, te reverrai-je jamais ? » Et là, la pauvre Alice se remit à pleurer, car elle se sentait terriblement seule et abattue.

Au bout d'un moment pourtant, elle entendit de nouveau un petit bruit de pas dans le lointain, et elle leva les yeux avec espoir, se demandant si la Souris avait changé d'avis et revenait terminer son histoire — ou si c'était quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, qui approchait sur la rive détrempée.

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