Chapitre 2 / 5
La fuite impossible
Avant cette nuit, aucun de ces hommes n’avait imaginé qu’il finirait sur une terre inconnue, au milieu de l’océan.
Ils n’étaient pas des voyageurs venus chercher l’aventure.
Ils étaient des prisonniers.
La guerre avait bouleversé leur pays. Cyrus Smith, ingénieur brillant et homme d’action, avait été capturé pendant les combats. Avec lui se trouvait Gédéon Spilett, journaliste courageux, toujours prêt à suivre les événements jusqu’au danger.
Cyrus et Spilett s’étaient rencontrés pendant leur captivité.
Ils avaient compris qu’ils partageaient la même idée.
Fuir.
Mais Richmond était encerclée. Sortir de la ville semblait presque impossible.
Cyrus avait aussi retrouvé Nab.
Nab n’était pas seulement son serviteur. Il était son ami fidèle. Quand il avait appris la capture de Cyrus, il avait risqué sa vie pour entrer dans la ville.
« Je ne pouvais pas vous laisser seul », lui avait-il dit.
Un jour, un autre homme aborda Cyrus dans la rue.
C’était Pencroff.
Un marin expérimenté, fort, direct et toujours prêt à tenter sa chance.
Avec lui vivait Harbert, un jeune garçon qu’il protégeait comme un fils.
Pencroff avait une idée.
Une idée folle.
« Monsieur Smith, vous voulez quitter cette ville ? »
Cyrus le regarda attentivement.
« Oui. Mais comment ? »
Le marin baissa la voix.
« Il y a un ballon sur la grande place. Il attend son départ depuis plusieurs jours. »
Cyrus comprit immédiatement.
Le ballon devait servir à d’autres hommes. Mais la tempête empêchait son départ.
Pencroff avait observé la situation.
« Cette nuit, personne ne voudra rester dehors longtemps. La pluie, le vent, le froid… tout joue pour nous. »
Le projet était dangereux.
Peut-être même suicidaire.
Mais rester prisonniers ne leur promettait rien de meilleur.
Cyrus réfléchit quelques secondes.
« Je ne suis pas seul », dit-il.
« Combien ? »
« Spilett. Nab. »
Pencroff sourit.
« Avec Harbert et moi, cela fera cinq. »
Cyrus répondit :
« Alors nous partirons à cinq. »
Le rendez-vous fut fixé pour dix heures du soir.
La tempête continua de frapper la ville.
La nuit venue, les rues devinrent presque désertes.
L’un après l’autre, les cinq hommes arrivèrent près de la grande place.
Le ballon était là.
Immense.
Attaché au sol.
Il se battait contre le vent comme un animal qui voulait s’échapper.
Sans perdre une seconde, ils montèrent dans la nacelle.
Pencroff détacha le lest.
Cyrus vérifia les derniers liens.
À ce moment-là, Top apparut.
Le chien avait suivi son maître.
Cyrus voulut le faire descendre.
Pencroff refusa.
« Un compagnon de plus. On trouvera bien de quoi alléger le ballon. »
Il jeta encore deux sacs de sable.
Puis les derniers liens furent coupés.
Le ballon s’éleva.
En quelques secondes, il disparut au-dessus des toits.
Les fugitifs étaient libres.
Mais ils ne savaient pas encore que cette liberté allait les emporter à des milliers de kilomètres.
Pendant cinq jours, le ballon fut prisonnier de la tempête.
Et, le 24 mars, après avoir traversé un enfer de vent et de pluie, quatre hommes seulement atteignirent une terre inconnue.
Cyrus, lui, avait disparu dans la mer.
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