AHIWA

Chapitre 4/5

Chapitre 4 / 5 · Bilingue

Maître Kofi

C’est alors qu’un homme entra, qui ne ressemblait à aucun des autres.

Then a man entered who resembled none of the others.

Large d’épaules, le visage rond et franc, l’œil vif. Sa tenue de cuir et de coton épais tranchait sur les riches étoffes. Il venait de Sanga, avec la délégation, et un garde lui barra le passage pour demander son rang.

Broad-shouldered, with a round, frank face and a lively eye. His outfit of leather and thick cotton cut through the rich fabrics. He came from Sanga with the delegation, and a guard barred his way to ask his rank.

— Kofi Damba.

— Kofi Damba.

— Ton titre, maître ?

— Your title, master?

— Artisan.

— Craftsman.

Le garde hésita. Annoncer un artisan entre un chef de quartier et un lettré ? Cela ne se faisait pas. Il tenta d’arranger l’affaire :

The guard hesitated. Announce a craftsman between a district chief and a learned man? It was not done. He tried to fix things:

— Je peux dire… conseiller des maîtres ?

— I could say… counsellor to the masters?

— Non, répondit Kofi d’une voix qui porta jusqu’au fond de la salle. Artisan. C’est mon métier. C’est ce que je suis.

— No, Kofi replied, in a voice that carried to the back of the hall. Craftsman. It is my trade. It is what I am.

Il leva ses larges mains, marquées par le feu de la forge et le bois des manches d’outils.

He raised his broad hands, marked by the fire of the forge and the wood of tool handles.

— Elles n’ont jamais eu honte de travailler.

— They have never been ashamed of work.

Il y eut une seconde de silence.

There was a second of silence.

Puis la salle explosa.

Then the hall exploded.

Des applaudissements, des cris, des youyous. Le peuple de Kandara venait de reconnaître un des siens — un homme qui vivait de ses mains et qui le disait fièrement, à la barbe des puissants.

Applause, shouts, ululations. The people of Kandara had just recognised one of their own — a man who lived by his hands and said so proudly, under the noses of the powerful.

— Bravo, l’artisan !

— Bravo, craftsman!

— Voilà un homme !

— There stands a man!

Kofi Damba salua la foule comme une vieille amie, et la foule le lui rendit au centuple. Même le Grand Conseiller dut sourire, du bout des lèvres.

Kofi Damba saluted the crowd like an old friend, and the crowd gave it back a hundredfold. Even the High Counselor had to smile, thinly.

Un seul homme, dans toute la salle, ne souriait pas.

One man in the whole hall was not smiling.

Madi.

Madi.

Sur l’estrade, ses acteurs s’étaient arrêtés d’eux-mêmes. Plus personne ne se souvenait qu’il y avait une histoire. Son grand récit, ses mois de travail, ses espoirs — tout venait de disparaître définitivement derrière les mains calleuses d’un artisan de Sanga.

On the stage, his actors had stopped on their own. Nobody remembered there was a story. His great tale, his months of work, his hopes — all of it had just disappeared for good behind the calloused hands of a craftsman from Sanga.

Kofi, justement, promenait son regard sur la foule joyeuse. Et une idée s’alluma dans ses yeux.

Kofi, meanwhile, was looking over the joyful crowd. And an idea lit up in his eyes.

— Dites donc, lança-t-il, on m’a parlé de votre cérémonie du Grand Visage. Chez nous aussi, on a ce genre de jeu. Voulez-vous qu’on vous montre comment on le joue, à Sanga ?

— Say, he called out, I hear you hold a ceremony of the Great Face. We have that kind of game at home too. Shall we show you how it is played in Sanga?

La foule rugit de joie.

The crowd roared with delight.

Madi ferma les yeux.

Madi closed his eyes.

Sa journée de gloire ne faisait que commencer — mais elle appartenait déjà à d’autres.

His day of glory was only beginning — but it already belonged to others.