Chapitre 5 / 5
Le Roi des Masques
La règle de la cérémonie du Grand Visage était simple : passer la tête par l’ouverture d’un grand masque de bois, faire le visage le plus effrayant, et gagner le titre de Roi des Masques.
La fête avait définitivement enterré l’histoire de Madi. Toute la salle se pressait autour du masque géant. Une à une, les têtes apparaissaient : joues gonflées, yeux tordus, bouches ouvertes jusqu’aux oreilles.
À chaque grimace, la foule hurlait de rire.
— Plus fort ! Plus effrayant !
Puis une tête parut, et le jeu s’arrêta net.
Un œil enfoui sous un front bosselé. Une bouche de travers. Un visage entier bouleversé, comme froissé par une main géante.
L’effet fut immédiat : un cri, puis un rire immense, puis un tonnerre.
— Celui-là ! Le Roi des Masques ! Choisi ! Choisi !
On riait d’autant plus fort qu’on venait de comprendre : ce visage ne jouait pas.
C’était son visage.
— C’est Soro !
Peu de gens connaissaient sa voix, mais tout Kandara connaissait son nom : Soro, celui qui frappait les grands tambours de la Maison des Ancêtres, là-haut, derrière les murs, et qu’on ne voyait presque jamais en plein jour.
On le tira du masque, on le hissa sur un trône de fortune, on lui posa une couronne de paille tressée et un manteau d’apparat trop grand pour ses épaules déformées.
Soro se laissa faire.
Il dominait maintenant toute la salle. De là-haut, il regardait cette marée de visages hilares tournés vers lui. Était-il fier ? Était-il blessé ? Les deux, peut-être. Son visage marqué ne laissait rien lire, et le vacarme des années de tambours avait depuis longtemps abîmé ses oreilles.
Ils étaient des milliers à le regarder.
Personne ne cherchait à comprendre ce qu’il ressentait.
On le souleva sur un brancard, et la procession du Roi des Masques s’ébranla pour parader dans les rues de Kandara, au rythme de tous les tambours de la ville.
La foule hurlait de joie.
Et pendant que Kandara riait, au loin, sur la grande place encore vide, un autre destin approchait.
Fin du novel — pour l’instant.