AHIWA

Chapitre 1/2

Chapitre 1 / 2

La lampe du marché du soir

Awa tissait au bord de la lagune, à l’heure où les pirogues rentrent. La voyageuse s’assit sur le banc sans être invitée, posa une lampe de cuivre sur le pagne déplié et dit :

« Je n’ai pas de billets. Je paie ton pagne avec ça. »

La lampe brûlait sans pétrole. Awa regarda la flamme, puis la femme.

« Elle a une loi, dit la voyageuse. Devant elle, si tu mens, elle s’éteint. Si tu dis vrai, elle se rallume. C’est tout. »

« Et si je ne dis rien ? »

« Elle attend. Elle sait attendre. »

La voyageuse roula le pagne sous son bras et s’en alla vers l’embarcadère. Awa resta devant la flamme. Elle pensa : Je ne dois rien à personne. La lampe s’éteignit.

Elle rit toute seule et dit tout haut : « Je dois deux mille francs à la vendeuse d’attiéké. » La flamme revint.


Le lendemain, tout le village savait. On venait voir la lampe comme on va voir un python au marché. Chacun disait une phrase, la lampe répondait, et on repartait la tête basse ou le cœur léger.

Le troisième soir, un jeune homme en chemise blanche s’arrêta devant la case. Il venait de la part du chef Kouassi.

« Le chef passera demain, dit-il. Prépare ton prix. »