Chapitre 2 / 7 · 2 min de lecture
Ce que la lumière montre
On dit chez nous : la bouche qui ment fatigue la lampe.
Le chef Kouassi remplit la case à lui seul. Il regarda le métier, le banc, la lampe, et sourit comme on sourit à une chose déjà achetée.
« Je vais te rendre riche, dit-il. » La flamme s’éteignit.
Il toussa, reprit : « Je te laisserai ta case et ton métier. » Le noir.
« Je ne te veux aucun mal. » Le noir, encore.
Dehors, les gens s’étaient collés à la fenêtre. Le chef posa la main sur la lampe froide.
« Rallume-la », ordonna-t-il.
Awa s’approcha. Toute sa vie elle s’était tue, parce que se taire coûte moins cher qu’un pagne. Elle dit :
« Tu as peur d’elle, chef. »
La flamme monta, haute et tranquille, et éclaira le visage du chef comme on éclaire un filet sorti de l’eau : chaque trou, chaque nœud.
Kouassi retira sa main. Il ne dit plus rien — la seule chose qui ne s’éteignait pas. Il sortit, et les gens s’écartèrent sans se presser.
On raconte que la lampe est restée dans la case, et que le chef n’est jamais revenu vers la lagune. On raconte aussi qu’Awa parle un peu plus, maintenant. Pas trop. Juste assez pour que la lumière tienne.
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