Chapitre 3 / 3
Le prix de la nuit
La renommée de la lampe dépassa bientôt la lagune.
Un soir, un 4x4 s’arrêta devant la case. Il en descendit un grand commerçant de la ville, parfumé, pressé, avec des mains qui n’avaient jamais rien porté.
« On m’a parlé de ta lampe, dit-il. Je t’en donne le prix de dix cases. Avec la tôle neuve. »
« Elle n’est pas à vendre. »
« Tout est à vendre. C’est mon métier de le savoir. »
Awa posa la navette et le regarda tranquillement.
« Elle ne m’appartient pas. Elle est ici, c’est tout. On ne vend pas un étranger qu’on héberge. »
Le commerçant sourit, salua trop bas, et remonta dans son 4x4.
Cette nuit-là, le vent secoua les manguiers, et les chiens du village aboyèrent une seule fois — une seule.
Au matin, le banc était vide.
La lampe avait disparu.
À sa place, bien alignée sous une pierre, une épaisse liasse de billets.
Le voleur avait payé.
Awa regarda longtemps l’argent sans le toucher. Puis elle s’assit à son métier, comme tous les matins, et se remit à tisser.
Les voisins accoururent, s’indignèrent, jurèrent, proposèrent d’aller voir les gendarmes, le chef, le pasteur.
« Il faut faire quelque chose ! »
« Je fais quelque chose, dit Awa sans lever les yeux. Je tisse. »
« Mais la lampe ! »
« Elle a une loi, dit Awa. Vous l’avez tous vue. Elle s’éteint devant le mensonge, elle attend la vérité. »
Elle noua un fil, le trancha d’un coup d’ongle.
« Un homme qui vole une lampe pareille l’emporte dans une maison pleine de mensonges. Je ne voudrais pas dormir chez lui. »
Le soir même, à la ville, le commerçant posait la lampe de cuivre au milieu de son grand salon climatisé, entre les tapis et les trophées.
Il craqua une allumette, la tint contre la mèche.
La flamme prit, trembla, le regarda presque —
et s’éteignit.
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Prochain chapitre le 2 septembre 2026 à 18:00
Chapitre 4 — La maison sans lumière