AHIWA
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Chapitre 5/7

Chapitre 5 / 7

Ce qui ne s'achète pas

Awa prit son pagne de sortie.

« Tu viens ? » s’étonna le gardien.

« On ne laisse pas brûler quelqu’un qu’on héberge. »

Elle monta dans le 4x4 du commerçant, et le village entier se mit en route derrière, à pied, dans la nuit tiède, comme on suit une noce ou un cercueil — on ne savait pas encore lequel.

Dans le grand salon, le commerçant attendait, entouré de lampes éteintes par économie de honte.

« Répare-la, ordonna-t-il. Fais-la brûler pour moi. »

« Elle ne brûle pour personne, dit Awa. Elle brûle pour ce qui est vrai. »

« Alors regarde. »

Il se planta devant la lampe.

« Je l’ai payée. » La mèche resta noire.

« Je suis un honnête commerçant. » Le noir s’épaissit.

« Toute la ville me respecte ! » Dehors, quelqu’un toussa.

Le commerçant serra les poings. L’or de ses bagues cliquetait. Il avait acheté des terrains, des papiers, des consciences — et cette petite chose de cuivre lui refusait une flamme.

« Que faut-il dire ? » cria-t-il enfin.

« Ce qui est vrai, dit Awa doucement. Tu en as bien une, quelque part, une vérité. »

Le silence dura. La foule retenait son souffle contre les fenêtres.

Alors le commerçant, sans le décider, dit tout bas :

« J’ai peur du noir. »

La flamme jaillit.

Haute, calme, tranquille, elle éclaira son visage comme on éclaire la chambre d’un enfant : le front en sueur, les yeux trop ouverts, et cette vieille peur, plus ancienne que la fortune, qui le tenait depuis toujours.

La foule ne rit pas.

C’est peut-être cela, le plus étonnant de cette histoire : personne ne rit.

Le commerçant regarda la flamme, puis la foule, puis ses mains.

Et il referma les doigts sur la lampe brûlante.

Chapitre 5 — Ce qui ne s'achète pas · La lampe du tisserand · AHIWA