Chapitre 3 / 5
Monsieur le Cardinal
Le cardinal entra comme on entre chez soi : lentement, sûr d’être attendu.
Sa robe rouge traversa la salle, suivie d’un cortège d’évêques, d’abbés et de gentilshommes. Il souriait, saluait, bénissait d’un geste large. La foule, qui une heure plus tôt réclamait la pièce à grands cris, se haussait maintenant sur la pointe des pieds pour l’apercevoir.
— Le voilà ! C’est lui !
— Regarde son habit !
— Et celui-là, derrière, qui est-ce ?
Sur l’estrade, les pauvres comédiens déclamaient toujours.
Ils auraient pu réciter à l’envers : personne ne les écoutait plus.
Car derrière le cardinal venait mieux encore. L’huissier annonçait, un à un, les ambassadeurs venus des Flandres : des échevins, des bourgmestres, des clercs, aux noms si compliqués que la foule riait à chaque annonce.
Chaque nouvel arrivant était un spectacle. Chaque habit, chaque visage, chaque salut était commenté, applaudi, moqué.
Gringoire, au pied de son pilier, vivait un supplice.
— Ma pièce…, répétait-il. Ma pièce…
Il fit un dernier effort. Il se pencha vers ses voisins :
— Messieurs, vous ne voulez pas savoir la suite du mystère ?
— Quel mystère ? répondit l’un sans même le regarder.
Ce mot-là fit plus mal que tous les autres.
Gringoire comprit alors une chose que les poètes mettent parfois toute une vie à admettre : la réalité est la plus forte des pièces de théâtre.
Un cardinal en chair et en os, un pouvoir que l’on peut voir, toucher, envier — voilà ce que la foule était venue chercher.
Son théâtre à lui n’était que des mots.
Et dans le grand théâtre du monde, ce jour-là, les puissants tenaient tous les rôles.
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