AHIWA

Chapitre 4/5

Chapitre 4 / 5

Maître Jacques Coppenole

C’est alors qu’un homme entra, qui ne ressemblait à aucun des autres.

Large d’épaules, le visage rond et franc, l’œil vif. Sa veste de cuir tranchait sur les soies et les velours. Il venait de Gand, avec les ambassadeurs, et l’huissier lui demanda son nom pour l’annoncer.

— Jacques Coppenole.

— Votre titre, maître ?

— Artisan.

L’huissier blêmit. Annoncer un artisan entre un évêque et un échevin ? Impossible. Il tenta d’arranger l’affaire :

— Je peux dire… conseiller des échevins ?

— Non, répondit Coppenole d’une voix qui porta jusqu’au fond de la salle. Artisan. C’est mon métier. C’est ce que je suis.

Il leva ses larges mains, marquées par le travail.

— Elles n’ont jamais eu honte de rien.

Il y eut une seconde de silence.

Puis la salle explosa.

Des applaudissements, des cris, des rires de joie. Le peuple de Paris venait de reconnaître un des siens — un homme qui travaillait de ses mains et qui le disait fièrement, à la barbe des puissants.

— Bravo, l’artisan !

— Voilà un homme !

Coppenole salua la foule comme un vieil ami, et la foule le lui rendit au centuple. Même le cardinal dut sourire, du bout des lèvres.

Un seul homme, dans toute la salle, ne souriait pas.

Pierre Gringoire.

Sur l’estrade, les comédiens s’étaient arrêtés d’eux-mêmes. Plus personne ne se souvenait qu’il y avait une pièce. Sa grande œuvre, ses mois de travail, ses espoirs — tout venait de disparaître derrière les mains calleuses d’un artisan de Gand.

Coppenole, justement, promenait son regard sur cette foule joyeuse. Et une idée s’alluma dans ses yeux.

— Dites donc, lança-t-il, on m’a parlé d’une élection du Pape des Fous. Chez nous aussi, on a ce genre de fête. Voulez-vous qu’on vous montre comment on la joue, à Gand ?

La foule rugit de joie.

Gringoire ferma les yeux.

Sa journée de gloire ne faisait que commencer — mais elle appartenait déjà à d’autres.